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Affichage des articles du 2022

Tu tournes "là" !

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Hier après-midi, au retour d'une promenade estivale sur le sentier côtier, nous étions trois dans la voiture : mon fils et moi, tous les deux autistes, et mon mari, non autiste. Mon fils était au volant, non pas parce qu'il aime conduire (il déteste cela...), mais parce qu'il vient tout juste d'obtenir son permis et doit encore s'exercer avant de se sentir en confiance sur la route. En plus des TSA, mon fils et moi partageons aussi la hantise de commettre une erreur en conduisant, de nous perdre en chemin, ou d'être victimes de l'inconscience des autres automobilistes, en particulier ceux du genre "excités", qui surgissent de nulle part et vous doublent sur la droite aux rond-points.  "Tu te rappelles ? a demandé mon mari en riant et en montrant une rue sur la droite. Nous tourné la tête et avons reconnu la voie sans issue, dans laquelle mon fils s'était engouffré il y a déjà trois ou quatre mois, alors qu'il était encore en conduite a

Le questionnement : « Et si j’étais autiste, moi aussi… ? »

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  Sur le plateau de 28 Minutes , où j’étais invitée en mars dernier, la journaliste Nadia Daam rapporte les propos du Centre Ressources Autisme Île-de-France, contacté avant l’émission : le CRA se plaint de « passer son temps à recevoir des gens qui ne sont pas autistes mais qui sont persuadés de l’être, notamment parce qu’ils ont vu des choses sur internet. » Il suffirait d’un reportage à la télévision pour que leur standard explose le lendemain. « Quels conseils donneriez-vous à ces personnes qui se posent des questions... », poursuit la journaliste. J’évoque à mon tour la complexité du diagnostic de TSA (troubles du spectre de l’autisme) et les difficultés à dénicher des professionnels formés à ces troubles. Quant aux auto-tests trouvés sur Internet, il me semble évident qu’ils ne constituent pas un diagnostic, mais restent utiles en tant qu’indicateurs. Pour rappel, seul un médecin peut délivrer un diagnostic d’autisme. Un psychologue peut orienter un patient et lui fa

La santé des femmes aurait-elle moins d’importance que celle des hommes ?

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  Dans le domaine de la santé, les inégalités entre hommes et femmes semblent avoir toujours existé. Certaines maladies (cardio-vasculaires en particulier), censées ne concerner que les hommes, restent encore de nos jours sous-diagnostiquées. À symptômes équivalents, traitements différents ! Depuis l’antiquité, le corps des femmes a été dévalorisé, perçu comme une « dérivation du corps masculin » (SALLE Murielle et VIDAL Catherine, Femmes et santé, encore une affaire d’hommes , Belin, 2017). Plus petit et plus « fragile », on l’a longtemps considéré inférieur à celui d’un homme. D’autres préjugés ont poursuivi les femmes à travers les siècles. Par exemple, les médecins avaient tendance à conclure rapidement qu’une femme souffrait des « nerfs », alors qu'ils recherchaient plutôt des pathologies chez un homme présentant des symptômes identiques. Quant à l’appétit sexuel chez une femme, il s’agissait forcément d’une maladie nerveuse qu’il convenait de soigner... Aux 18e

18 juin, journée de la fierté autistique : fier d’être autiste, c’est possible ?

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  E n 2005, le collectif anglais « Aspies For Freedom » a lancé une initiative en vue d’informer le grand public sur la neurodiversité. Cette communauté revendiquait le droit à la différence et au respect , en opposition à certaines associations qui prônaient plutôt des traitements pour rendre « normales » les personnes autistes. Chaque année d epuis cette date , la journée du 18 juin est l’occasion de célébrer la « fierté autistique », en particulier dans les pays anglo-saxons. Alors, que penser de cette initiative et de la fierté d’être autiste… ? Rappel : c’est quoi l’autisme ? L’ autisme n’est pas une maladie, mais une différence neurologique présente dès la naissance. Laurent Mottron, spécialiste de l’autisme, évoque « une organisation cérébrale différente ». Grâce à l’imagerie cérébrale, on voit maintenant comment des mutations sur certains gènes affectent le développement du cerveau et du système nerveux. On utilise donc le terme « neurotypique » pour d

L'autisme : une différence ou un handicap ?

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  Récemment, une personne m’a fait remarquer un manque de clarté dans mes propos : le 2 avril dernier sur France Culture, j’ai dit qu’il fallait «  accepter l’autisme comme une différence  », alors que j’ai parlé plus tard d’un « handicap » dans d’autres interviews. Cette personne souhaitant de ma part des explications, voici les raisons pour lesquelles je m’autorise à parler à la fois d’une différence et d’un handicap, l’un n’excluant pas l’autre à mon avis. Une différence ? Dans un article paru en avril 2012 ( Cerveau et Psycho, n° 51 ), le professeur Laurent Mottron, spécialiste de l’autisme, évoque « une organisation cérébrale différente » qui conduit à « un mode de pensée spécifique ». Selon lui, il serait temps que la communauté scientifique accepte l’autisme comme une différence plutôt qu’une maladie ou un trouble, car le cerveau des personnes autistes n’est pas désorganisé mais traite les informations et vit les émotions « autrement ». Il mentionne auss

Le diagnostic de TSA : un feu d'artifice émotionnel

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  Imaginez, un court instant, la scène suivante : vous êtes assis(e) face à un psychiatre aux cheveux grisonnants, décoiffés, dans un cadre tout autant désordonné, comprenant une multitude de dossiers et de livres enchevêtrés sur le bureau et sur les étagères. Le vieil homme est en train de parcourir les comptes-rendus des bilans qu’il vous avait prescrits, quand soudain il ôte ses lunettes, se redresse et fixe son regard vers vous avant de lancer brutalement : « Eh bien..., au moins c’est clair, syndrome d’Asperger ! » Première réaction : le soulagement  Avant d’aller plus loin, je demande à ceux que le terme « Asperger » excède de bien vouloir me pardonner. Je sais que beaucoup s’offusquent de son utilisation, alors qu’il est censé avoir disparu des manuels (DSM5 et CIM11) et je reviendrai sur cette polémique autour de la terminologie dans un prochain article. Pour le moment, contentons-nous d’utiliser le terme revendiqué par un vieux psychiatre aguerri, qui rédige encore ses notes

Ben voilà, maintenant y a un blanc !

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  Ma grande fille et son conjoint sont venus passer le week-end à la maison. Fidèles à nos habitudes, ma fille et moi nous enfermons dans la salle de bain pour une petite toilette matinale (et surtout pour discuter tranquillement entre femmes, à l’abri des jugements masculins…). Le problème, ce matin, c’est que l’une d’entre nous a oublié de verrouiller la porte de la salle de bain. Tandis que nous papotons à voix basse, pour ne pas réveiller ceux qui font encore la grasse matinée (et surtout pour que personne n’intercepte nos échanges confidentiels…), quelqu’un frappe à la porte et entre, sans nous laisser le temps de comprendre la situation. « Oh excusez-moi ! » bredouille mon gendre, planté dans l’entrebâillement de la porte. Encore à moitié endormi, en caleçon et les cheveux en vrac, il justifie la posture embarrassante dans laquelle il se trouve : « La porte n’était pas fermée et il n’y avait pas de bruit..., alors je ne pensais pas vous trouver ici.. » Confus, il fait demi

Raison de plus pour préférer la compagnie des chats

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Une étude publiée le 15 avril dernier par trois chercheurs français vient confirmer une autre étude, réalisée en 2016 par des universitaires américains sur le même sujet : les personnes autistes réagiraient moins aux émotions affichées sur les visages humains qu'à celles exprimées par les animaux ! Les autistes ne manquent pas d’empathie L’empathie, ce concept un peu flou, serait cette capacité à percevoir et à déduire les états mentaux des autres. Les mécanismes de ces prédispositions, apparemment déterminés par des gènes, restent opaques, n'ayant pas encore révélé tous leurs secrets. On dit souvent que les personnes avec TSA n’auraient pas accès à l’empathie, parce qu’il leur serait difficile de percevoir les états émotionnels d’autrui. Eh bien c’est faux ! Les études citées plus haut laissent entendre que les autistes n’ont aucun problème pour communiquer avec les animaux et ressentir leurs émotions. Les difficultés, ils les rencontrent plutôt lorsqu'ils sont en

Secret en coulisse...

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  Cet après-midi, alors que je me rendais à pied jusqu’à la pharmacie de mon quartier, je me suis surprise en train de répéter en boucle la demande que j’allais adresser au commerçant : « Bonjour, je voudrais un tube de Xxxxxx, des dosettes de Xxxxxx et du Xxxxxx en comprimés à avaler, s’il vous plaît. » « En-com-pri-més-à-a-va-ler », j’insistais bien sur cette précision, qui m’éviterait le désagrément de sursauter si on me répondait : « Vous les voulez comment vos comprimés, effervescents ou à avaler ? » J’ai l’impression de m’être livrée à ce petit jeu depuis toujours : répéter mon texte avant d’entrer en scène, comme si apprendre quelques phrases par cœur allait me protéger des imprévus ! Pendant des années, je n’ai pas eu conscience de cette habitude.  Et puis j’ai reçu un diagnostic de syndrome d’Asperger et j’ai rencontré d’autres personnes autistes. En discutant avec elles, j’ai réalisé qu’il s’agissait d’une pratique courante, que je n’étais pas la seule à m’entraîner avant

Le syndrome d’Asperger, un truc de gosses ?

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  Une vidéo, actuellement en partage sur les réseaux sociaux, illustre bien à quel point il est urgent de sensibiliser les soignants aux TSA  ! On y découvre Audrey, une femme diagnostiquée autiste, qui témoigne de propos violents tenus par des professionnels du soin.   Il arrive souvent que des gens de notre entourage tiennent des propos blessants au sujet de l’autisme. Quand Tata Odette, par exemple, jette sur nous son regard bovin en soupirant : « Pff, encore un truc à la mode... », ou lorsqu’une copine sympa affirme : « Oui mais tu sais, on est tous un peu autiste », passe encore… C’est frustrant et énervant, mais on peut leur pardonner de manquer d’informations sur les TSA.   En revanche, qu’un médecin s’autorise à douter de la validité d’un diagnostic, et cela en quelques coups d’œil, c’est inadmissible. De même, comment est-il possible qu’un interne imbu d’ignorance affirme que le syndrome d’Asperger est un « truc de gosses » ?   Dans les premiers mois qui ont suivi mon diag

L'autisme au féminin (syndrome d'Asperger)

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Depuis toujours, on dit de moi que je suis bizarre, que je ne fais rien comme tout le monde, que je suis une sauvage. Des médecins, consultés depuis l’enfance, ont déclaré que je souffrais d’immaturité affective, de troubles anxieux, de dépression, d’anorexie… Pendant des années, je me suis efforcée à dissimuler mes bizarreries, à me comporter comme le souhaitaient les gens « normaux », afin d’être acceptée parmi eux. Puis un jour, alors que j’avais plus de cinquante ans, d’autres médecins m’ont diagnostiquée autiste Asperger ! Comme beaucoup de femmes autistes, j’étais passée entre les mailles du filet. Alors j’ai décidé d’écrire un livre, Celle qui souriait trop pour être autiste , dans lequel je raconte ce parcours compliqué. En complément de mon témoignage, vous trouverez dans le livre des informations sur des thèmes plus généraux, comme les manifestations de l’autisme chez les femmes, l’art du camouflage, les auto-diagnostics, les aides et les droits... Lorsque je recherchai

On respecte l'horaire, ou pas... ?

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  Avec Matthieu, je me suis vite sentie à l’aise. Doux et souriant, il m’a posé des questions inhabituelles, intéressantes, auxquelles j’ai répondu sur un ton presque décontracté. ( Lien vers la vidéo ).   Tout se passait donc bien jusqu’à LA demande qu’il n’aurait jamais dû formuler… À la trente-septième minute précisément, le voilà qui m’invite à poursuivre l’entretien, au-delà de l’horaire que nous avions fixé !   Mais enfin Matthieu, tu devrais savoir qu’on ne demande jamais à une personne autiste de modifier son emploi du temps, comme ça sans prévenir !   Vingt-cinq secondes plus tard, j’affiche un sourire embarrassé tandis que le rouge commence à me monter aux oreilles. Je m’empresse d’évoquer la fatigue qui me guette si je discute trop longtemps. Et comme j’ai toujours ce besoin pressant de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité, je me trémousse en reconnaissant qu’il s’agit aussi « de mes petites rigidités »…   Pendant ce temps, je conserve le sourire pour faire

Pourquoi aimez-vous autant les chats ?

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  Question à laquelle j’hésite à répondre, à la fin de la vidéo de Santé Magazine (voir lien ci-dessous), car je n’y avais jamais vraiment réfléchi…   J’aime les chats parce qu’ils sont beaux, élégants, soyeux et parce qu’ils sentent bon… D’accord, mais encore ? Les chats auraient-ils un « fonctionnement autistique », comme je tente de l’évoquer, sans trop savoir où cela va me conduire ?   Les chats ne sont pas doués pour socialiser, sauf lorsqu’ils se retrouvent dans le partage d’un intérêt commun. Mes chats dans le jardin, par exemple, sont tout à fait capables de s’accorder quand il s’agit de coincer un lézard dans un coin, et de s’assurer, tous ensemble, que la proie ne s’échappera pas.   Les chats disent toujours la vérité, même si elle n’est pas bonne à dire… S’ils sont de mauvais poil et n’ont pas envie de communiquer, ou si vous ne leur plaisez pas et qu’ils refusent votre contact, ils vous le font savoir d’un regard noir et de quelques battements secs de la queu